jeudi 19 janvier 2017

"Je serai aviateur"



Nous sommes en « campagne fusée » depuis 4 jours. C’est mon deuxième vol de la journée. Les Mirages IIIE sont équipés de la fusée d’appoint SEPR 844 qui délivre 1t5 de poussée supplémentaire pendant 80 sec. Elle est utilisée pour permettre des interceptions à très haute altitude (˃ 65000ft) et en haut supersonique (Mach 1,6 à 2,1).

Je suis habillé d’une combinaison spatiale et d’un casque stratosphérique. Cet équipement est
nécessaire en cas de dépressurisation du cockpit ou d’éjection à très haute altitude.

Au cours de ce vol d’entraînement, je dois intercepter un MIIE de la 2ème escadre (Dijon), il sera à 60000ft/Mach 1,8. C’est Riesling qui coordonne le décollage des 2 avions et assure le guidage radar pour une interception en « face à face ». Je serai en montée à Mach 1,6, 40° à la boule, environ 30000ft/mn au vario ! 

J’ai juste un peu plus de 2000L de carburant car le MIIIE est en configuration lisse, sans bidons supplémentaires sous les ailes. Le vol ne durera pas plus de 30mn.

Aidé par le « pistard » je m’installe dans le cockpit et me brêle sur le siège. Le décollage est prévu dans 15mn. C’est alors que, par l’intermédiaire des OPS, Riesling me fait savoir que le plastron est en panne et ne décollera donc pas de Dijon. Les OPS ajoutent : « tu décolles quand même, tu as liberté de manœuvre dans la zone de Riesling ». 

OUHAAA ! Merci les OPS !

Le mécano me montre les 5 sécurités du siège éjectable, je ferme la verrière, mets en route et 2mn plus tard m’aligne sur la piste et lâche les freins et la purée ! 

Plein pot, PC mini, vérifications des voyants, du pendulage du tachy, de la T4 puis PC max ! C’est parti !

Depuis que je suis pilote de chasse, ma vie est une succession de jouissances extrêmes mais, ce jour-là, je vais vivre un moment qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. J’ai décidé de refaire le coup de Chuck Yeager dans l’Etoffe des héros.

Cap 300 sur les Vosges j’accélère à 450kts, passe au ras du Grand Ballon encore enneigé. Le nez dans le ciel j’effectue 2 ou 3 tonneaux pour exprimer toute ma joie d’être là, au milieu du ciel qui est clair, sans aucuns nuages. Déjà, la Terre s’éloigne, à moi l’immensité de l’espace.

En à peine 2 mn et 30 sec, j’atteints la tropopause qui est aujourd’hui à 36000ft. Toujours plein pot
PC, je franchis le Mach sans aucunes contraintes. A Mach 1,4, la survitesse s’enclenche. J’affiche alors 40° à la boule et allume la fusée qui se met à crépiter. Boum ! C’est parti. Mach 1,6, 1,8.

L’altimètre s’affole. Difficile de suivre les aiguilles qui tournent comme les ailes d’un moulin à vent un jour de mistral. D’ailleurs, je ne regarde plus l’intérieur du cockpit, juste un œil sur le chrono pour savoir où en est la fusée. 

40000ft, 50000ft, 60000ft, je monte de 10000ft toutes les 20 secondes. Je coupe la PC pour économiser le pétrole et éviter de trop surcharger l’ATAR9C. 65000ft, la combinaison spatiale commence à se gonfler. Le MIIIE continue de monter. Assis sur la fusée, je voudrais que ça ne s’arrête jamais.

À 70.000ft, le ciel devient bleu foncé et il me semble apercevoir quelques étoiles alors qu’on est en plein jour. Je vois passer 72000ft.

Ensuite mes souvenirs sont diffus. Je me souviens que tout à coup le silence m’a envahi. La fusée s’est arrêtée. Ai-je dépassé 75000ft, la limite d’utilisation du MIIIE en configuration lisse ? J’ai laissé retomber le nez du Mirage, la Terre est apparue, au loin l’horizon était noyé dans une brume blanchâtre. Est-ce la rotondité de notre planète que j’ai aperçue ? Oui, sans doute, je veux le croire.

Quand j’étais gamin, je devais avoir 7 ou 8 ans, il y avait dans mon école la distribution des prix à la fin de l’année scolaire. Les parents étaient présents, les enfants réunis sur l’estrade. J’ai été appelé pour recevoir un prix dont je ne me souviens plus de la nature. Lorsque le maître ou la maîtresse m’a demandé « que feras-tu plus tard ? » j’avais fièrement répondu, dressé sur la pointe des pieds : « je serai aviateur ! ». J’ai effectué mon premier vol sur Piper J3 le jour de mes 16 ans. Dans ma prochaine vie je serai cosmonaute.

Je mets le cap sur la base que je situe sans problème au loin derrière le relief des Vosges. Je rentre sur la pointe des pieds car je n’ai plus beaucoup de pétrole. A 50000ft je réduis le réacteur et finis la descente à 350kts. Arrivée direct en vent arrière car il fait un temps de curée, atterrissage, retour sur le plancher des vaches. Durée du vol 25mn.

Au parking, je reste un long moment dans le Mirage, ayant du mal à quitter cet avion que j’ai mené « dans les jardins suspendus de l’azur » à des altitudes que « ni l’alouette ni même l’aigle n’ont jamais survolées ». J’y suis encore…

Henri Marnet-Cornus

dimanche 15 mars 2009

jeudi 5 mars 2009

Jeunesse oblige !


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Jean-Pierre CANO est né à Meknès le 07 Septembre 1948. Il est, jeune garçon, fasciné par les avions qu’il découvre grâce à l'école des pilotes de chasse toute proche et déjà animé d'une vocation qui ne faiblira jamais.

Après ses études secondaires, il réalise son rêve en s’engageant dans l'Armée de l'Air et en rejoignant en 1969 la Base école d'Aulnat.

Ayant, sans difficulté, subi son entraînement au pilotage de base, Jean-Pierre rejoint l'école de Chasse de Tours en 1970 et y obtient le 13 mai 1971 le brevet de pilote de chasse. Il effectue ensuite des stages de perfectionnement à la 8ème escadre de Cazaux et à la 7ème escadre à Nancy avant de rejoindre en Juin 1972 son unité, l'escadron de chasse 2/13 Alpes à Colmar-Meyenheim.

Durant deux années, Jean-Pierre progresse, sans difficulté, dans la connaissance et dans la maîtrise du Mirage III E jusqu'à voir sa maturité consacrée par l'obtention de la licence de Sous Chef de patrouille.

Le 24 Juin 1974 à 10 h 20 du matin, Jean-Pierre décollait avec un équipier pour une mission de navigation basse altitude et, quelques minutes plus tard, trouvait la mort dans un accident qui nous a tous bouleversé.

Jean-Pierre, tu as donné ta jeunesse à ta passion, tu nous as quitté trop tôt ! .

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L'Escadron de Chasse Tout Temps 2/13 "Alpes" est officiellement créé le 1er octobre 1956 à Colmar-Meyenheim, mais sa mise sur pied effective n'aura lieu que le 1er mai 1957.Cet escadron adopte pour insigne le chevalier Bayard qu'il applique sur ses F-86K et, en juin 1966, sa devise "jeunesse oblige".
En mai 1962, l'escadron est transformé sur le nouveau chasseur Mach 2 de Dassault: le Mirage IIIC.
A peine les pilotes ont-ils eu le temps de s'habituer à leur nouvelle monture qu'ils doivent en changer à nouveau. Le 2/13 est en effet le premier escadron de l'Armée de l'Air à goûter aux plaisirs du Mirage IIIE en janvier 1965.
Début 1977, le 3/3 "Ardennes" de Nancy libère ses Mirage 5F lorsqu'il est transformé sur Jaguar. Ceux-ci trouveront une nouvelle affectation au sein du "Alpes" à partir du 31 mars 1977.
En février 1992, l'escadron met en œuvre quelques Mirage IIIBE. Basés à Colmar depuis le 27 juin 1986, ils étaient confiés au 1/13 "Artois". Celui-ci a du s'en séparer lors de sa transformation sur Mirage F.1CT en second semestre 1992.
Avec le retrait des dernier Mirage III/5 de l'Armée de l'Air, l' EC 2/13 "Alpes" sera dissout le 2 juin 1994.